La dernière fée
Réver dans les bois? Dormir sous l'ombrelle? je dors où je bois. Je ne suis plus belle.
<< On a plus de houppe >> m'a dit le Riquet. << Nous mangeons la soupe chez le mastroquet.>>
Combien je regrette le joli passé. Vendanges sont faites. N'y faut plus penser.
Le P'tit-Homme-Gris et le Vieux Tambour, mes amants sont gris tout le long des jours.
Vieille au bois dormant, pour cueilleir la fraise, ni Prince Charmant ni garde-française,
prets quand viendra l'heure du rossignolet, Prince ou Joli-Coeur, à me dire un lai
tout en phrases d'or et de diamants, qui fait qu'on ne dort plus au jeune amant.
Seule, je m'éveille à l'heure des loups. Un cor y sommeille sur l'air de Malbrough.
Les Chaperons-Rouges ne bavardent plus. Poucet dans son bouge est un gros perclus.
La vieillesse a tort. Ses dès sont pipés. Amour est bien mort.
Lauriers sont coupés.
Si la Barbe-Bleue s'assoit sous mon chaume : << Je n'ai plus de feu >> me dit ce fantôme.
Anneaux des vieux jours, baguettes cassées, étoiles d'amour chues et ramassées,
toute ma fortune est dans mon cabas. Au clair de la lune j'ai du bon tabac.
Paul Fort